Épisode 2
La surprise
Deux vendeuses, un lac plein de monde, 180 glaces vendues. Faites le calcul avant de lire la suite — le résultat contredit l'hypothèse avec laquelle presque tout le monde aborde cette journée.
Le comité s’est mis d’accord vite, et le conseil était bon : si dix heures au bord de l’eau font 100 glaces, vingt heures en feront plus. Mira a besoin d’aide.
D’autres chemins existaient. Elle aurait pu augmenter le prix. Elle aurait pu essayer d’acheter moins cher. Elle aurait pu rester jusqu’à la nuit. Chacun de ces chemins déplace un endroit différent du même calcul, et aucun n’est manifestement faux. Mira choisit celui qui agit le plus vite et fait le moins mal : plus de bras.
Elle demande à une camarade de classe.

La négociation
Mira propose une commission : sur chaque glace vendue, la moitié de la marge. Qui vend plus gagne plus. Pour Mira, c’est la solution évidente, parce qu’elle ne paie que si quelque chose rentre.
La camarade refuse. Elle veut 5 € de l’heure — sûrs, prévisibles, quelle que soit la tournure de la journée.
Au bord du lac, cela ressemble à un détail. Les deux viennent de négocier sur deux natures de coûts, et elles se comportent à l’inverse l’une de l’autre.
D’un côté, les Les coûts variables grandissent avec chaque glace vendue — l'achat à 0,50 € l'unité en est l'exemple le plus net. Doublez les quantités, et ces coûts doublent avec elles. fiche complète comme l’achat à 0,50 € la glace : ils grandissent avec chaque pièce vendue, et si elle ne vend rien, ils n’existent pas.
De l’autre, les Les coûts fixes tombent quel que soit le nombre de glaces vendues — le salaire horaire est l'exemple de l'histoire : dix heures à 5 €, cela fait 50 €, que le compte du soir affiche 200 glaces ou 20. La glacière est prêtée et Mira ne paie pas d'emplacement — le salaire reste le seul coût fixe de cette histoire. fiche complète comme le salaire horaire : dix heures à 5 €, cela fait 50 €, que le compte du soir affiche 200 glaces ou 20.
La commission aurait partagé le risque. Le salaire horaire le laisse entièrement chez Mira. La camarade a choisi la sécurité et, sans que personne ne le dise à voix haute, elle a laissé la part entrepreneuriale de la journée à son amie. Ce n’est pas un mauvais marché — pour elle. C’est simplement un autre marché que celui dont il a l’air.
Elle a d’ailleurs une bonne raison, même si elle ne la formulerait pas ainsi. Elle ne sait pas évaluer comment la journée va tourner. Elle ne connaît pas le lac, elle ne sait rien de la demande, elle n’a aucune prise sur la météo ni sur le nombre de personnes qui viendront. Quand on ne sait pas mettre un prix sur un risque, mieux vaut le vendre que le porter. C’est exactement ce qu’elle fait : elle cède le risque à Mira et accepte, un bon jour, de gagner moins qu’elle n’aurait pu.
Mira accepte. Son hypothèse est celle que presque tout le monde a à cet endroit : deux fois plus de vendeuses, deux fois plus de bénéfice.
C’est une hypothèse. Pas un calcul.
Le deuxième jour
Pour Mira, la journée ressemble à la première : du soleil, du monde le long de la rive. Toutes les deux restent dix heures au stand. Le soir, 180 glaces sont vendues.
180 au lieu de 100. Quatre-vingts de plus que la veille. Pas le double, mais pas loin — et pour une première journée à deux, un bon résultat.
Avant de lire la suite : faites le calcul vous-même. Vous avez tout ce qu’il faut.
- 180 glaces à 1 €
- 0,50 € d’achat par glace
- dix heures de salaire à 5 €
Le chiffre
Chiffre d’affaires : 180 €. Coût d’achat : 90 €. Salaire : 50 €.
Bénéfice : 40 €.
La veille, c’était 50 €.
Elle a vendu quatre-vingts pour cent de glaces en plus et gagné vingt pour cent de moins.
Rapporté à son objectif, cela devient encore plus désagréable. Après le premier jour, il lui manquait 450 €, soit neuf jours à 50 €. Après le deuxième, il lui manque 410 €, et à 40 € par jour, cela fait onze jours de plus. Elle a cherché de l’aide pour aller plus vite, et elle est allée moins vite.
Dans mes formations, c’est le moment où la salle devient silencieuse. Les participants refont le calcul, parce qu’au début ils n’y croient pas. Le calcul est juste quand même, et c’est précisément ce qu’il a de désagréable.
Le mécanisme derrière ne reste pas au bord du lac. Le chiffre d’affaires grandit de façon visible, parce que tout le monde le regarde. Les coûts grandissent discrètement à côté, parce qu’ils sont dans d’autres lignes. Quelque part entre les deux, le rapport bascule, et celui qui ne regarde que la ligne du haut s’en aperçoit en dernier.
Il s’est passé autre chose ici : Mira a échangé une nature de coûts contre une autre sans s’en rendre compte. Tant qu’elle vendait seule, ses coûts ne montaient que si le chiffre d’affaires montait avec eux. Depuis aujourd’hui, une partie de ses coûts tourne sur sa propre horloge — pendant dix heures, que quelqu’un se présente au stand ou non.
Au comité de jouer
Aux endroits évidents, rien n’a changé. Le prix est le même, 1 €. L’achat est le même, 0,50 €. On a travaillé aussi longtemps. L’explication, s’il y en a une, doit donc se trouver ailleurs.
Mira a maintenant deux jours, deux séries de chiffres et un résultat qui contredit son hypothèse. Ce qu’elle n’a pas, c’est une explication.
Vendu plus, gagné moins. À quoi cela tient-il ?
Vous pouvez répondre tout de suite. Presque tout le monde le peut — quelque chose vient à l’esprit avant même qu’on ait fini de lire les chiffres.
Retenez votre réponse. Dans l’épisode 3, la question n’est pas de savoir si elle est juste, mais d’où vous croyez la savoir.